Pourquoi une ressourcerie ?
L’architecture et sa production s’inscrivent dans un contexte où il est courant de détruire pour reconstruire. Le secteur du bâtiment génère environ 40 millions de tonnes de déchets par an dont plus de 90% proviennent des travaux de déconstruction et de réhabilitation. La loi de transition énergétique fixe comme objectif de recycler 70% des déchets du BTP en 2020.* Ces déchets sont rarement valorisés (ce qui correspond bien souvent à les intégrer aux remblais de chaussée) et leur dégradation est un problème aussi courant qu’urgent. Zerm pense qu’il est nécessaire d’intégrer aujourd’hui la notion de réemploi aux champs de la construction. La gestion des ressources est devenue déterminante vis-a-vis des exigences environnementales auxquelles notre société doit répondre et pourtant – si l’économie circulaire se concrétise à travers plusieurs initiatives autour du recyclage – il y a très peu de compétences en ce qui concerne le réemploi.
L’ouverture d’une ressourcerie – dans une ville dont le patrimoine bâti est parfois rénové, souvent vacant, dégradé puis démoli – est un pied à l’étrier pour voir se développer une économie du réemploi. Pour cela il faut identifier des éléments ou matériaux courants susceptibles d’être réemployés avant d’être considérés comme déchets. Zerm s’intéresse de près aux gisements, c’est-a-dire aux matériaux et objets « territorialisés » dont les flux sont réguliers et que l’on pourrait considérer comme ressources fiables. Aujourd’hui, la filière de la démolition nous permet d’identifier certains gisements courants (bois de construction, éléments de bureau, second œuvre, concassé de briques, etc.) Pourquoi ne pas réhabiliter – « habiliter de nouveau » – c’est-a-dire adapter certains matériaux à un usage nouveau en préservant leur histoire et l’énergie grise** qu’ils représentent ?
Zerm collecte régulièrement des matériaux auprès de chantiers de démolition. Ces matériaux sont des moyens de conception voire d’économie dans les projets. Pourtant cette pratique se trouve, encore aujourd’hui, en résistance face au mode standard de gestion des déchets. En résistance, car peu de normes permettent d’intégrer des matériaux de réemploi dans la production des bâtiments. En résistance, car la déconstruction n’est pas prévue comme une phase précédant la démolition. En résistance enfin car les démolisseurs ne se sont pas encore saisis du modèle économique, du mode opératoire, ni même du bien fondé de la déconstruction.
L’association Zerm a conscience que des pratiques sérieuses de réemploi doivent prendre forme par la construction d’une véritable filière et ne valent qu’à l’échelle d’une organisation territoriale. Plus qu’un stock, la ressourcerie « sur consignation » est l’occasion d’intégrer la filière actuelle en sollicitant les démolisseurs en tant que déconstructeurs. Le principe est simple : La ressourcerie est un entrepôt alimenté par des matériaux issus des chantiers de démolition et/ou provenant des particuliers. Dès lors, ce lieu propose une alternative aux professionnels de la déconstruction. Plutôt que de jeter leurs matériaux à la déchetterie contre le paiement d’une taxe, la ressourcerie permet de laisser – gratuitement et pour un temps défini – certains matériaux en consigne. Si les matériaux trouvent acquéreurs auprès de particuliers ou au sein d’un projet d’architecture portée par l’association, le déconstructeur est rémunéré suivant un barème fixé en amont. À la fin du délai accordé au matériau, s’il n’a pas trouvé d’acquéreur, celui-ci est évacué en centre de tri et revalorisation de déchets.
Ce « passeport », ce délai accordé au matériaux, est appelé : le temps de devenir-déchet. C’est l’intervalle qui laisse une opportunité aux objets/éléments/matériaux déjà produits d’être réemployés avant qu’on ne les considère définitivement comme des déchets. Ces matériaux sont déjà financés, ils portent des indices ou des histoires, ils sont parfois le luxe d’un modèle économique révolu. Cela peut être simplement l’occasion de réparer le toit de son abris de jardin à moindre frais.