festival BIOVIV’ART 2026
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À travers un ensemble d’œuvres textiles, de sculptures, de photographies et d’objets de design, l’exposition envisage le textile comme bien plus qu’un simple matériau. Tisser devient ici une manière de penser le monde : relier les êtres et les milieux, faire mémoire des paysages, réactiver des gestes oubliés et imaginer d’autres futurs possibles.
L’exposition s’ouvre sur les traces d’un travail d’immersion mené par Leo Orta en Camargue. Ses recherches autour de la vannerie locale, nourries par la collecte de matériaux et l’observation des écosystèmes, donnent naissance à une série d’objets et de luminaires qui prolongent des savoir-faire vernaculaires tout en les projetant vers de nouvelles perspectives. À travers ces artefacts, le designer questionne l’avenir de filières artisanales parfois fragilisées et imagine des usages renouvelés des ressources du territoire.
Cette attention portée aux paysages et aux matières traverse l’ensemble du parcours. Les œuvres de Diana Scherer révèlent les architectures invisibles formées par les racines, tandis que Rosana Escobar développe des projets associant fibres naturelles, communautés locales et préservation des écosystèmes. Chez Elise Peroi, le tissage devient une lecture sensible du paysage, un moyen d’enregistrer ses rythmes, ses textures et ses transformations. D’autres artistes explorent les potentialités formelles du textile et des fibres naturelles. Les compositions en raphia d’Amina Agueznay, les reliefs textiles de Simone Pheulpin ou encore les objets mémoriels de Max Funkat témoignent d’une même attention à la matière comme vecteur de mémoire et de relation au vivant.
L’exposition rappelle que le mot « textile » partage une origine commune avec le mot « texte » : tous deux dérivent du latin texere, qui signifie « tisser ». Cette filiation éclaire la manière dont les œuvres présentées construisent des récits à partir des matières, des gestes et des techniques. Les pièces de Leo Orta participent à cette réflexion. À travers le réemploi de plantes associées à la vannerie, comme la canne de Provence, elles réactivent des savoirs presque disparus et les inscrivent dans un récit contemporain où artisanat, écologie et imagination se rencontrent. Les objets deviennent alors des manifestes silencieux, porteurs de mémoires autant que de possibles. Cette dimension narrative se retrouve dans les œuvres de Junko Oki, dont les broderies réalisées à partir de textiles anciens évoquent les cycles de transformation et de renaissance, ou dans celles d’Asemahle Ntlonti, qui transmet à travers le fil la mémoire des femmes Xhosa. Pour Majd Abdel Hamid, la lenteur même du geste de broder devient une forme de résistance face à l’accélération du monde.
En réunissant des artistes issus de contextes géographiques et culturels variés, Tisser les imaginaires dessine une cartographie sensible des liens entre création, artisanat et écologie. Les œuvres de Sheila Hicks, Eva Jospin, Edith Dekyndt, Caroline Achaintre, Lucy et Jorge Orta ou encore Kiki Smith montrent combien les pratiques textiles peuvent porter une réflexion sur les relations entre humains et non-humains, entre mémoire et transformation.
Le dialogue avec ALEOR Design renforce cette dimension prospective. Spécialisé dans le design biosourcé et les matériaux issus du vivant, le studio développe une approche où l’objet devient un outil de réflexion sur les modes de production et les habitats de demain. Face aux récits imaginaires portés par les œuvres de la collection, ALEOR apporte une dimension concrète, ancrée dans l’expérimentation et les ressources des territoires.
À travers cette exposition, la Collection Thalie poursuit son engagement en faveur des pratiques artistiques qui interrogent les enjeux écologiques contemporains, les savoir-faire artisanaux et les récits du Sud global. Dans l’écrin d’un hôtel particulier du XVIIIe siècle au cœur d’Arles, Tisser les imaginaires invite à considérer le textile comme un langage vivant, capable de relier les temporalités, les cultures et les écosystèmes.
Entre mémoire des paysages, transmission des gestes et invention de nouveaux récits, l’exposition propose une réflexion sensible sur notre manière d’habiter le monde. Une invitation à tisser, à notre tour, des liens plus attentifs avec les matières, les territoires et le vivant.
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