The Institute of Critical Zoology (ICZ)est une interface fictionnelle multi-média qui mobilise des stratégies artistiques sous le couvert méthodologique d’un authentique institut scientifique. Consacrée à l’étude inter-disciplinaire de la zoologie, il s’agit d’une réalisation – s’appliquant principalement au travers d’un site Internet : www. criticalzoologists.org – qui propose une collaboration internationale et peu probable entre la Chine et le Japon et qui met en valeur les avancées du savoir et des techniques liés à la zoologie – souvent selon une recherche mélancolique du salut écologique.
ICZ prétend à bénéficier d’un muséum qui rassemblerait plusieurs collections (incluant 14 000 spécimens animal légués par Soon Bo – dont certains peuvent être vus en ligne) et édite un journal académique. Le ton de ICZ est irrévocablement évangélique. Cette proposition visuelle peut sembler détachée malgré un nom par trop sérieux, voire sectaire. La mise en oeuvre de ce concept est très convaincant.
L’objet de la critique formulée par ICZ est le scientisme et ses instances et langages de persuasion, autant écrits que visuels, et l’exploitation des animaux dans la culture en général, par exemple au travers des spectacles tragiques, mais qui perdurent, des zoos, des cirques ou d’autres formats du genre. Compris comme une oeuvre d’art, ICZ est à la science ce que l’excellent Atlas Group de Walid Raad est à l’écriture d’une récente histoire politique : absurde mais plausible, poignant et malicieusement politique.
Il s’agit d’une critique qui rompt avec au moins deux pensées : l’art ridiculise légèrement le calibrage scientifique des différences animales et humaines mais performe sciemment dans une culture de l’art de la production et de l’art de l’éducation qui, de plus en plus, adopte le langage et les comportements pour définir son statut comme un mode de recherche.ICZ opère sur un terrain fertile.
Son site Internet établit une archive des recherches menées par l’Institut et d’initiatives écologiques. Celles-ci incluent un procédé connu sous le nom « Acusis », par lequel une biostase produite par l’acupuncture offre aux animaux un état incertain antérieur à une possible extinction. Une webcam qui filme en direct permet aux regardeurs d’avoir accès à la vue de leurs corps en pulsion. D’autres projets incluent par exemple l’établissement de fermes à tigres (une adoption flagrante du commerce pour avancer et permettre leur conservation) ou une cape connue sous le nom de « the blind » qui permet aux scientifiques d’observer leurs sujets d’étude en toute invisibilité. Cet objet, fort désiré mais non atteignable sans la recherche, est conçu pour éliminer l’interférence de l’observateur avec le champ d’étude.
Le site Internet ICZ explique : « Les travaux se rapportant à l’invisibilité se basent sur le principe qu’un objet disparaît de la vue si les rayons du soleil qui le frappent ne sont pas reflétés comme d’habitude, mais forcés de l’entourer seulement, comme si il était absent. Pour fabriquer ces capes, nos scientifiques développent des « méta-matériaux », soigneusement conçus avec de fines tiges de métal qui courbent la lumière dans le sens souhaité ».
Paul Tebbs, 2010